Zokak al Blat : l’un des derniers quartiers de Beyrouth touchés par le boom immobilier
BEYROUTH, par Anne Ilcinkas | iloubnan.info



Zokat el Blat est un quartier en pleine croissance qui attire beaucoup de convoitises… mais parfois au détriment du patrimoine architectural. Ce quartier, situé à une encablure du centre-ville, est cependant l’un des derniers de Beyrouth à connaître le boum immobilier, conséquence peut-être d’une image un peu négative. Le point avec Guillaume Boudisseau de l’agence immobilière Ramco.

3000$ le mètre carré. C'est le prix d'achat d'un appartement situé à Zokak el Blat dans la montée du collège Abdelkader près du Ring. “D’un point de vue immobilier, Zokak el Blat est un quartier qui commence à bouger. De part sa situation, proche du centre-ville, c’est logique qu’il soit affecté par le boum immobilier,” constate Guillaume Boudisseau de l’agence immobilière Ramco. C’est en fait l’un des derniers quartiers de Beyrouth à être touché par cette vague immobilière, après Saifi, Tabaris, Gemmayze, Ain el Mreisse, Clémenceau … Pour Guillaume Boudisseau cela s’explique par le fait que le quartier est associé à une connotation encore négative. “L’image de Zokak el Blat est assez populaire, alors qu’historiquement c’était un quartier bourgeois. Le quartier a connu un changement de couche sociale pendant et après la guerre civile.”

Le quartier est coupé en deux par le ring, cette autoroute urbaine qui sépare le centre-ville du reste de Beyrouth. La partie nord du quartier appartient à Solidere, la société privée chargée de reconstruire le centre-ville de Beyrouth. Tout y a été démoli et reconstruit. La zone est résidentielle. On y trouve le musée Mouawad. “C’est très agréable et très bien coté, témoigne Guillaume Boudisseau. Mais dès que l’on traverse le ring, c’est un autre monde.” Le quartier est alors très contrasté dans sa zone sud. Mélange de terrains vagues, de maisons traditionnelles en ruines, d’immeubles récents de mauvaise qualité, d’écoles et collèges… “Ce paysage non-uniforme peut refroidir certains, explique Guillaume Boudisseau, pourtant le quartier recèle de petites merveilles architecturales, d'anciennes villas et des palais, mais très peu de monde le sait.” L’Institut d’Orient et la Fondation Hariri y occupent par exemple de très belles villas. “Malheureusement tout ce patrimoine est totalement délaissé. Les propriétaires cherchent à déclasser leur maison familiale pour pouvoir la vendre, parfois sans aucun regret" constate l’agent immobilier.

Pour l’instant, il n’y a pas eu beaucoup de destructions, les propriétaires demandant des prix trop élevés, des prix en fait quasi similaires à ceux pratiqués dans le centre-ville. “Mais ce patrimoine architectural est sous pression et sa valeur est totalement sous-estimée par les promoteurs et les propriétaires,” estime Guillaume Boudisseau, qui précise par ailleurs que “le quartier n’a aucun potentiel dans l’hôtellerie, car il est totalement dénigré.” Bref, ce n'est pas aujourd'hui que les maisons traditionnelles seront transformées en Relais&Château !

Pour autant, des promoteurs cherchent à acquérir des parcelles pour construire des appartements. Et la valeur foncière des terrains augmente. Les bâtiments classés ne pouvant être démolis, les promoteurs ne sont pas encore prêts à débourser les fortunes que les propriétaires attendent. “L’initiative privée pour restaurer est encore très timide. Les promoteurs cherchent avant tout à acquérir une parcelle pour y construire un immeuble commercial bas de gamme et vendre les appartements.”